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    Samedi 24 Mai 2014, 

     

    J'attends depuis déjà 15 minutes dans la petite salle en face du cabinet de consultation. Je suis à côté de la fenêtre mais l'immeuble est en travaux, et l’échafaudage m'empêche de voir la rue et les allers-retours des passants qui l'anime. La pile de magazines ne me dis rien, j'attends, assise, plongée dans mes pensées. Je suis plutôt contente d'avoir validée mon année de licence et ça résonne comme la preuve que je suis capable de réussir parfois . Finalement, je suis pas si nulle que ça. Bon, toutes mes notes ne sont pas glorieuses, mais ça me fait rire maintenant de me dire que j'ai réussie même avec un 3/20 dans la matière que je n'ai pas pu réviser. 

    Derrière la porte grise, ça bouge et ça parle, mon tour approche. J'avoue ne pas avoir très envie de voir Dr P. Elle est gentille, mais j'ai le sentiment que son suivi ne m'aide pas réellement. En fait, les progrès je les fais seule. Et puis, j'ai un peu peur aussi. Peur qu'elle me fasse le même discours qu'à chaque rendez-vous où presque. Parfois, ces mots me heurtent, même si ces propos ne sont pas violents et même si je sais que son but n'est pas de me faire mal mais de me faire réagir. Elle cherche tous les exemples possibles et inimaginables pour me faire avancer, me dis et me répète que je ne risque rien à me lancer, à essayer d'aller mieux. Si ça s'arrêtait là, ça irait, je serais pas en train de me triturer les mains en regardant l'affiche de "l'équilibre alimentaire", que de toute façon je connais déjà sur le bout des doigts et qui d'ailleurs m'agace au plus au point.

    Mais ça se complique quand elle me parle de la nécessité d'avancer pour éviter la rechute. Quand elle me dit que je n'ai qu'une petite vie et que je mérites bien mieux que ça. Quand elle me regarde dans les yeux et me dit que j'ai aussi le droit à un amoureux. Quand elle affirme avec certitude que je suis loin d'être bête, que je suis psychologiquement stable et entourée pour que ça fonctionne. J'ai souvent les larmes aux yeux et c'est difficile de ne pas les laisser couler quand elle prononce le mot "Chronicité". 

    Quand je ressors du vieil immeuble, à chaque fois je prends le temps de flâner avant de rentrer. De me vider la tête, et de me dire qu'il n'y a pas de raison et que moi aussi j'y arriverais. D'ailleurs, je progresse déjà mais ça, il faut être au quotidien avec moi pour s'en apercevoir. Je pense souvent à toi aussi, Tiffany. J'admire la force et le courage dont tu as fais preuve et qui t'ont permis d'avoir une vie quasiment normale aujourd'hui. J'aimerais te dire merci, parce que le début du combat, je l'ai mené à tes côtés et Dieu sait que ça m'a aidée ! Je garde précieusement tous les mots, de joies comme de colères que tu m'as adressée. Je les relis parfois. Alors en rentrant j'ouvre le carnet qui les contient. Un papier beige où tu as dessinée un coquelicot pour accompagner mon nom tombe au sol. Mes yeux s'arrêtent alors sur ta dernière phrase : "Tu es comme une pépite. Laisse-toi briller". 

     


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